3 questions à ... Jean-René Bouton - Directeur Général de la marque Koché et membre du comité de suivi TALENTS

Directeur général de la marque Koché créée en 2015 par la créatrice Christelle Kocher, Jean-René Bouton est membre du comité de Talents, programme d’accélération de marques de mode de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin soutenu par le DEFI. Rencontre avec un partisan du partage d’expérience, de la transmission et de l’entraide.

Depuis quand faites-vous partie du comité Talents ?

Je collabore avec Talents depuis le tout début. Priscilla Jokhoo, directrice du service entreprises de la Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin et qui encadre le programme, m’a contacté pour être l’un des mentors de la première promotion de 2017.  Mon expérience de CEO et associé de la marque Risto l’intéressait et elle souhaitait que je partage mon savoir-faire avec l’une des entreprises sélectionnées. J’ai ainsi mentoré Proêmes de Paris pendant une année, aidant cette jeune marque à se développer, répondant à ses questions… Un formidable souvenir : je suis d’ailleurs resté lié avec l’équipe.  A la suite de ce mentoring, j’ai intégré le comité. Ma fonction y est différente. Nous sommes une dizaine de professionnels de la mode qui rencontrons à trois reprises dans l’année les entrepreneurs ayant intégré Talents. Lors de la première réunion, ils nous présentent leur projet de façon très « business » à travers notamment des powerpoints… C’est parfois assez compliqué pour des créatifs plutôt habitués à travailler avec des images inspirationnelles ! Mais c’est l’occasion de poser des questions précises pour eux comme pour nous. Les deux rendez-vous suivants visent à faire un point sur l’état d’avancement de leur stratégie et à voir comment la marque mûrit. Nous échangeons en toute bienveillance afin d’enrichir la démarche des équipes, de les conseiller, de pointer parfois certaines erreurs mais toujours dans un esprit de dialogue et d’écoute. Cette démarche de transmission n’est cependant pas unilatérale. J’apprends aussi de ces jeunes entrepreneurs ! Ainsi, moi qui ne suis pas un digital native, je suis passionné par leur vision et leur utilisation du digital : leur approche m’apporte beaucoup dans ce domaine.

Quels sont, à vos yeux, les atouts du programme Talents ?

Talents, c’est l’accès à des connaissances concrètes. Les participants au programme vont trouver auprès de professionnels expérimentés, avec des profils distincts qui ont dû résoudre des problématiques et ont su surmonter des obstacles, des solutions très pratiques. Tout est basé sur le vécu. Cette approche opérationnelle permet de soulever des questions précises et d’y apporter de vraies réponses. Talents est l’occasion également de bâtir de précieux outils de développement – qui ne sont pas toujours accessibles faute de moyens à de jeunes entreprises- à l’image d’une plateforme de marque. On y consolide aussi ses plans de collections, sa stratégie commerciale, d’export… J’aurais aimé à mes débuts avec Risto pouvoir bénéficier d’un programme comme Talents ! Ça aide à sortir la tête de l’eau, à être challengé également.

L’autre aspect passionnant de Talents est qu’il rassemble des entrepreneurs qui sont dans une démarche active. En postulant à cet « accélérateur » ils prouvent qu’ils sont curieux, cherchent de nouveaux éclairages pour grandir. C’est une attitude très positive et tout particulièrement dans la mode qui est un univers de contacts. Le réseau et l’entraide sur ce secteur sont essentiels pour réussir. Talents permet ainsi de construire une véritable communauté autour de valeurs de collaboration.

Quel conseil pourriez-vous donner à une jeune marque de mode ?

Je suis diplômé de l’ESCP et aujourd’hui directeur général de la marque Koché. Avant, j’ai dirigé Risto et j’ai également conseillé d’autres griffes en matière de développement. Je sais que le créatif ne peut pas gérer seul son développement. Négocier avec le banquier, relancer les clients qui ne règlent pas les factures, gérer les salaires d’une équipe… voilà des missions qui peuvent nuire à sa créativité, ralentir son inspiration. Le rôle du styliste, du designer, est de concevoir deux collections -minimum- par an : il n’a ni le temps ni l’énergie pour endosser, en plus, le costume du gestionnaire.  Idéalement, il faut donc un binôme derrière une marque de mode. Soit deux personnes qui créent ensemble l’entreprise avec chacune leur rôle. Et si ce n’est pas possible, il faut envisager d’avoir recours à un consultant externe, qui vient en renfort sur les questions administratives, ou à un collaborateur en part-time. C’est la solution pour sortir le créatif du quotidien et du business afin qu’il puisse pleinement remplir sa fonction.