3 questions à ... Gauthier Borsarello

Gauthier Borsarello a grandi dans le respect du beau et cela a, sans aucun doute, influencé son parcours. Dans cette famille de 6 enfants, on suit l’exemple du papa, musicien, et c’est ainsi que Gauthier devient contrebassiste. Mais la vie dans un orchestre ne lui convient pas. Il décide alors de se réorienter vers une formation dans la vente aux enchères. Mais là aussi, il sent que ce n’est pas tout à fait sa voie. Gauthier sait au fond de lui qu’il doit s’orienter vers la mode ou plus précisément le vêtement militaire, le vintage. Il a hérité cette passion de son grand-père l’un des plus grands spécialistes du camouflage. Embauché comme spécialiste du vintage chez Ralph Lauren, dans la boutique de Saint-Germain des Prés, il plaque tout pour se dédier à la vente, partir ponctuellement chiner de belles pièces pour la maison, et se construire un beau réseau. Mais pour ce passionné hyperactif, il faut encore passer à autre chose. Il inaugure donc un espace à Paris pour présenter aux professionnels et aux designers sa collection vintage source d’inspiration. Une démarche unique qui va vite séduire le milieu. Franck Durand de Holiday le contacte pour développer une collection, des griffes s’offrent ses services de consultant… puis il ouvre un showroom rue Parent de Rosan sous la boutique Holiday. Rendez-vous avec un homme pour qui le vêtement a vraiment du sens.

Vous avez dit dans une interview que le vêtement véhicule un message, qu’il faut le porter avec conscience. La mode d’aujourd’hui est-elle indissociable d’une forme d’éthique, d’une forme de rationalité également ?

Pour moi, il y a actuellement deux types de mode. Une mode frénétique qui m’effraie énormément, et une autre, celle que je défends, plus durable, qui consiste à consommer peu et bien. C’est d’ailleurs souvent celle qui attire les grands professionnels de ce milieu. Elle consiste notamment à choisir de belles pièces vintages et à les mixer avec d’autres, des basiques bien faits -comme on peut en trouver chez Uniqlo- et évidemment des créations artisanales. Il y a trop de vêtements sur terre, trop de produits fabriqués dans de mauvaises conditions, qui ne prennent pas en compte les ressources et les limites de notre planète. Nous devons modifier nos attitudes. Choisir le vintage, des pièces qui ont été portées mais qui sont aussi de qualité puisqu’elles ont duré dans le temps, c’est aussi dire stop à cette surconsommation et le montrer. J’aimerais réussir à démocratiser le vintage et ainsi permettre au plus grand nombre de porter ce message, de prouver que l’on peut avoir de l’allure sans pour autant acheter à tout va. Il faut faire comprendre aux gens qu’un dressing doit perdurer. Mais je ne suis pas passéiste. Je suis également très attentif aux initiatives qui visent à bien produire une garde-robe et à offrir des services pour l’entretenir et ainsi éviter de la jeter. C’est le cas de Patagonia. La marque sélectionne les meilleures usines du monde entier pour sa fabrication puis propose de réparer ses produits afin de ne pas avoir besoin d’en racheter. C’est un vrai modèle.

Vous avez lancé le magazine l’Etiquette. Pourquoi ? Qu’avez-vous voulu faire passer comme message ?

J’ai un ami qui m’appelle le Jean-Pierre Coffe de la mode, car je ne supporte pas les vêtements de mauvaise qualité. Pour moi, si le produit est bon, on en fait ce que l’on veut, il n’y pas de règles de style. Ce message, on ne peut le comprendre que si l’on s’intéresse à la mode et surtout au vêtement, à sa culture : comment il a été fabriqué, son histoire, son rôle… C’est cela que je veux transmettre avec L’Etiquette. Il faut expliquer à une large audience que s’habiller n’est pas anodin. Avec ce magazine, nous sommes bien loin d’une approche tendance ! Marc Beaugé qui le pilote avec moi est évidemment sur la même longueur d’ondes. Au départ, c’était un projet totalement punk : nous n’avions pas d’argent pour le monter. So Press a accepté de nous suivre et a pris le risque de nous soutenir financièrement. Après le premier numéro, les retours ont été très positifs et nous avons de nombreux contacts enthousiasmants pour le n° 2. J’espère qu’avec ce magazine, je vais arriver à catalyser une révolution de la mode masculine, un peu comme celle de la gastronomie, déclencher une prise de conscience sur l’impact du vêtement sur la société et l’environnement.

Vous êtes DA, directeur de boutique et rédacteur en Chef, directeur du style de HOLIDAY. Associer plusieurs métiers, est-ce une tendance dans la mode ? Où s’arrête la compétence ?

Dans la mode, on donne souvent trop d’importance à des gens sans véritables compétences. Pourtant dans ce domaine, le savoir-faire est central. Il s’acquiert en allant dans des usines, en explorant, en cherchant… Il n’y a rien de « hype » là-dedans. Pour durer, il faut expérimenter, s’éduquer. C’est pourquoi, il faut sans cesse apprendre. Les multiples métiers servent à cela : se former. On peut alors devenir un directeur artistique digne de ce titre, c’est à dire un professionnel de 50 ans qui a derrière lui des années d’expérience, qui a accumulé des connaissances, qui est capable de faire de la déco comme de la mode. D’ailleurs, je ne me définis pas comme un directeur artistique mais comme un creative director menswear car j’ai encore du chemin à faire.

Crédit photo: Robert Spangle