3 questions à . . .

Florence Philbert, directrice générale de l’IFCIC   

Florence Philbert, ancienne élève de l’ENA et diplômée de l’Ensae, rejoint la direction des finances de la Mairie de Paris en 2004 avant d’être nommée, en 2008, directrice du cabinet de l’adjoint au maire chargé du budget, des finances et des sociétés d’économie mixte. En 2011, elle rejoint la première chambre de la Cour des comptes ; elle est nommée en 2012 conseillère au cabinet du ministre du Travail avant de devenir, en 2013, directrice adjointe du cabinet du ministre délégué au Budget, puis en 2014, conseillère du Premier ministre chargée du budget et des comptes publics. En juillet 2015, Florence Philbert combine ses deux passions : la culture et les finances. 
Sa fonction ? La direction générale de l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC).   

Parlez-nous de l’IFCIC. Quelle est sa mission et son mode de fonctionnement ?  
L’IFCIC existe depuis 1983. C’est un établissement de crédit doté par l’Etat d’une mission d’intérêt général. Comprendre : faire que les entreprises culturelles et créatives aient un accès au crédit facilité grâce à deux outils : la garantie de prêt bancaire et le prêt. Les secteurs historiques soutenus par l’Institut sont le cinéma et l’audiovisuel. Par la suite, l’action de l’IFCIC s’est élargie aux autres industries culturelles et créatives tels que le jeu vidéo, la presse, le spectacle vivant, le livre ou les galeries d’art. En 2011, il s’est aussi ouvert aux créateurs de mode.  Depuis décembre 2017, toutes les entreprises relevant du champ couvert par le Ministère de la Culture accèdent désormais à la fois à la garantie de prêts et aux prêts et prêts participatifs de l’IFCIC. Ainsi, au 30 novembre 2017, l’encours des crédits garantis et octroyés par l’Institut s’élevait à près de un milliard d’euros au profit de 1 000 entreprises et associations culturelles.   

Jusqu’en 2017, le prêt en faveur des jeunes créateurs de mode était accordé sur de courtes durées et plafonné à un montant maximum de 100 000 €. Nos capacités d’action étaient très limitées, ce qui ne nous permettait pas d’accompagner suffisamment les banques parfois réticentes… Il était donc difficile de satisfaire la demande. Aujourd’hui, nos solutions sont de fait plus souples et surtout plus larges. Nous avons fortement développé notre offre de prêt qui peut se compter en millions d’euros. L’IFCIC ne prend pas de sureté ou de garanties sur les prêts. La raison ? Nous sommes tout simplement dans le cadre de notre mission d’intérêt général : favoriser l’accès des entreprises aux financements bancaires. La durée des prêts peut aller jusqu’à sept ans et les bénéficiaires peuvent commencer à rembourser au début de la troisième année. Ces financements sont assimilés à des quasi fonds propres. Les emprunteurs peuvent donc aussi faire un prêt à des banquiers classiques qui ont alors une garantie. C’est un cercle vertueux.    

Quel est le profil des créateurs de mode qui s’adressent à l’IFCIC ? Quelles sont leurs demandes ? 
Depuis 2011, l’IFCIC a aidé une quarantaine de créateurs de prêt-à-porter homme, femme ou mixte, et aussi des stylistes de haute couture. Aujourd’hui, grâce à notre nouvelle offre, les jeunes marques n’hésitent plus à nous solliciter et nous constatons que ces dernières sont de plus en plus ambitieuses et se censurent de moins en moins sur la mobilisation de financements externes auxquels nous leur facilitons l’accès.    
Avec notre comité constitué d’experts, nos partenaires financiers et autres experts indépendants, nous discutons beaucoup avec les créateurs. L’idée est faire émerger des solutions en décidant de financer, entre autres, les dépenses de développement des marques dans la durée, financer la présence à l’international, le développement sur Internet, le recrutement de personnel (comme par exemple des responsables d’achats ou des embauches liées au renforcement de la présence sur les salons)…     

Quel impact l’Institut a-t-il sur la mode de demain ? 
L’une de nos missions est d’accompagner et de soutenir l’innovation, notamment l’émergence des nouveaux canaux de vente digitaux. Le poids économique de ce secteur est très significatif car il permet non seulement le développement de la création sur nos territoires mais aussi de contribuer au rayonnement à l’international. C’est un secteur d’avenir. Nous sommes également très attentifs au fait de favoriser le made in France, et plus largement à favoriser la promotion de la création française.