3 questions à . . . Carolina Ritzler, créatrice de mode  

Carolina Ritzler, créatrice de mode    

Danse, piano, théâtre, conservatoire d’art lyrique… Si Carolina Ritzler n’a pas fait d’école de mode, elle a l’intime conviction depuis son plus jeune âge, que le milieu artistique est l’univers dans lequel elle doit évoluer. Après un BTS action commerciale, une faculté d’histoire de l’art et un autre BTS promotion immobilière, c’est le rôle de commerciale qu’elle endosse pendant dix ans pour les marques de prêt-à-porter Petit Bateau et IKKS. La Parisienne d’origine nantaise prend le risque en 2014 de quitter son travail pour créer sa propre marque de vêtements. Ou plutôt de combinaisons. Et le succès est immédiat.   

Parlez-nous de votre marque. Son concept et sa création ?
Des combinaisons numérotées par année (comme des voitures de collection !) et toutes inspirées de mes héroïnes telles Emma Peel (qui porte le numéro 74) ou Nikita (le 90). Mon concept monomaniaque, je le dois à la femme qui marche en combi dans la rue et qui impose l’air de rien une certaine forme de respect. J’aime cette idée de vêtement de pouvoir. Comme une nouvelle coupe de cheveux, quand on se glisse à l’intérieur d’une combinaison, le regard que l’on pose sur soi est différent. Comme envoûtant. C’est notamment dû à la coordination du haut et du bas, comme pour un uniforme de militaire qui dégage une puissance naturelle. Tous mes modèles ont la taille marquée, un détail qui donne de l’élan à toutes les silhouettes. En ce qui concerne les matières, je voue une passion pour la laine froide des costumes d’homme. Elle souligne sans marquer et son tombé un brin rigide est tout simplement parfait. Les zips ont aussi une place très importante. En dévoilant plus ou moins les décolletés, ce sont eux qui donnent le ton et l’allure. Toutes mes pièces sont conçues et fabriquées à Paris. En quatre ans, je n’ai jamais changé de tailleur.   

C’est très difficile de démarrer quand on est un jeune créateur. Personne ne vous attend. Mais il ne faut jamais baisser les bras, chaque difficulté est une marche. Avec 1000 euros en poche et une petite levée de fonds auprès de mes amis et de ma famille (elle est désormais entourée de financiers solides et vient de nommer une directrice générale, Narjisse Temmim), je me suis lancée sans jamais douter. Cela a dû se ressentir lors de mon tout premier rendez-vous client. C’était en décembre 2014, au Bon Marché, à Paris. Je suis arrivée avec mes dix combinaisons, ils m’ont tout de suite fait confiance et offert un espace de vente. Aujourd’hui, un corner de 40m2 vient d’ouvrir aux Galeries Lafayette et, en plus de l’e-shop, une boutique-appartement accueille aussi nos clientes rue Etienne Marcel, dans le 2e arrondissement.   

Vous vous engagez aujourd’hui à baisser vos prix de vente, pourquoi ?
 
La saison dernière, j’ai entamé une baisse des prix de 30%. Pour l’été prochain, il sera possible de s’offrir une combinaison à partir de 380€, contre plus de 700€ l’année dernière. Connectée depuis toujours à l’univers artistique, j’ai eu la chance d’être très vite soutenue par de nombreuses comédiennes (surtout en France mais aussi aux Etats-Unis) qui trouvaient dans mes modèles des alliés pour incarner leur personnage au cinéma ou au théâtre. Mais je me suis aussi dit que je passais à côté de toutes ces filles qui m’inspiraient, celles de la rue, et qui n’avaient pas le budget. En m’engageant sur plus de quantité, autant sur la commande des matières que sur la production, j’ai tout simplement réussi à réduire les coûts.  

Quelle est votre vision de la mode ?
Je pense que l’on a toutes envie de vibrer à nouveau. Lessivées par ces quinze dernières années de fast fashion, les filles ont oublié que l’achat d’un vêtement était avant tout un acte émotionnel. Ce constat m’a donné envie de concevoir des vêtements “durables“, c’est-à-dire des pièces intemporelles que l’on a envie de porter chaque saison, et que l’on redécouvre année après année en les associant à de nouvelles pièces. Chaque collection est donc articulée autour de trois tonalités : le bleu Navy et ses nuances, le noir dégradé jusqu’au blanc et tous les tons de beige. Ce sont des couleurs que l’on aime porter tout le temps, dont on ne se lasse pas et que l’on a toutes dans nos dressings. Mais en mode comme en cuisine, une pointe de piment est indispensable : chaque saison, j’invite donc une couleur ou un imprimé. L’été prochain, les pois et le lamé seront ma touche poivrée.     

www.carolinaritzler.com