3 questions à . . . Valérie Tribes, journaliste et fondatrice du podcast Chiffon

Valérie Tribes, journaliste et fondatrice du podcast Chiffon.  

Après des études de droit à l’Université Paris 2 Assas, une école de journalisme, puis quelques années dans la presse professionnelle des cafés, hôtels et restaurants (elle a notamment été responsable du journal L’Auvergnat de Paris), cette Parisienne d’origine bretonne fait ses premiers pas de journaliste mode chez Prisma Media, 20 ans ou encore Milk. En janvier 2017, après 15 ans dans la presse, lasse du système, Valérie Tribes décide de créer Chiffon, un podcast indépendant et auto-financé qui donne la parole à toutes celles (et tous ceux) qui ont envie de parler de mode.    

Parlez-nous de Chiffon. Quel est son mode de fonctionnement ? 
J’avais envie de parler de mode. Ou plutôt de donner la parole à des femmes et à des hommes qui ont envie de parler de mode au sens large (comprendre : loin de l’entre-soi parisien). Pas ceux que l’on lit chaque semaine depuis des lustres dans les pages des magazines, mais bien des personnalités de la vie réelle, connues ou anonymes. Chiffon, c’est un podcast démocratique ! J’interview mes invités à Paris et en province. Je me déplace partout, même à New York. C’est important de sortir du microcosme de la capitale : on peut habiter n’importe où et être à la mode.    Au tout début, ce sont des dons de Kiss Kiss Bank qui m’ont permis de lancer Chiffon. Des anonymes que je ne connaissais même pas m’ont réellement soutenue. Aujourd’hui, ce sont des marques qui sponsorisent mes podcasts. Je pense que j’intéresse les annonceurs car ma communauté est réellement engagée. Chaque épisode réunit en moyenne 47 000 écoutes. Et certains sont montés à plus de 100 000. Les personnes viennent se rassurer, se confier, se dire qu’elles sont normales. Quelle est votre fringue préférée ? Quel est votre dernier achat ? Quel est le vêtement que l’on ne verra jamais dans votre garde-robe ? Quelle est votre définition de l’élégance… Je pose toujours les mêmes questions à mes invités. C’est une réflexion sur la société, très sociologique et anthropologique. Mon fil rouge est de décomplexer les gens par rapport à leur manière de s’habiller, d’appréhender la mode et les tendances. Et surtout dénoncer l’hypocrisie ambiante : tout le monde n’a pas les moyens de s’habiller chez les créateurs. J’ai la liberté d’interviewer une chômeuse ou une maman divorcée seule avec ses deux enfants. Mais aussi un directeur de rédaction d’un hebdo féminin, une influenceuse, un auteur… Mes invités sont des gens normaux ! Ils me contactent beaucoup via Instagram. Et une personne passée à mon micro me ramène en moyenne une autre personne.  

Quelle est la place du podcast au sein de la sphère mode ?
Avant Chiffon, il n’y avait pas de podcast sur la mode. J’ai alors décidé de lancer un appel sur mon compte Instagram pour savoir qui avait envie de venir parler de mode avec moi. J’ai eu plus de 200 réponses positives ! Je me suis donc dit que les gens étaient prêts à changer les choses, et avaient surtout envie d’une parole libérée autour de la mode, d’une analyse et d’engagements. Le jour de mon premier podcast, je me retrouve troisième sur Itunes… Aujourd’hui, j’enregistre mon 84e épisode !   

Quelle est votre vision de la mode ? 
Parfois, je trouve que l’on frôle l’overdose de vêtements sur la Toile : entre les réseaux sociaux et les blogs, on est chaque jours surchargés d’infos et d’images sur des personnes qui décident de monter leur propre marque dans le monde entier. C’est bien, mais d’un autre côté, cela fait oublier la notion même de création. Il est aujourd’hui indispensable de préserver tous les métiers issus de l’artisanat français. Et rendre la formation professionnelle plus accessible, en multipliant les écoles par exemple, me semble être la meilleure manière de valoriser notre précieux savoir-faire.