3 questions à . . . Laura Gauthier, fondatrice de Fête Impériale   

Laura Gauthier, fondatrice de Fête Impériale   

Diplômée de l’école de commerce ESC Paris, Laura Gauthier évolue pendant dix ans dans l’univers de la communication digitale. En 2003, elle travaille au développement marketing chez Yahoo avant de partir pour Londres, s’occuper du développement de John Lewis, l’enseigne anglaise de grands magasins. En 2015, la carrière de la jeune parisienne d’origine réunionnaise prend un virage à 360 degrés. De retour en France, cette autodidacte de la mode décide de créer Fête Impériale, sa propre marque de prêt-à-porter. Etats-Unis, Corée, Japon, Italie… Aujourd’hui, le label compte une quinzaine de points de vente dans le monde.   

Parlez-nous de Fête Impériale ? Quelle est son identité ? 
J’ai voulu créer une marque qui s’inspire de ma ville de naissance, Paris. J’ai une certaine fascination pour son histoire, et notamment celle de la fin du 19e siècle. Une période très moderne où le vêtement avait une réelle place sociale. Plus particulièrement pour ses personnalités qui cassaient les codes de la bienséance, telles les courtisanes. Pour séduire leurs amants, celles-ci glissaient des photos d’elles dans la poche de ceux qu’elles voulaient courtiser. J’ai aimé faire ce parallèle avec la société d’aujourd’hui qui est totalement digitalisée. Comprendre : la manipulation de la représentation de son être. La mode est plus que jamais ultra-industrialisée. Or, la mission principale du vêtement est de permettre aux gens d’être eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle j’ai une vision pratique du vêtement. Aider les gens à être libre, c’est le service que je me suis engagée à rendre en dessinant les traits de Fête Impériale.   

J’ai aussi eu envie de m’inspirer du 19e siècle pour la force de ses imprimés. Ils sont sans conteste le socle de l’histoire de mes collections. J’aime ce qu’ils représentent : un monde imaginaire avec une certaine notion de liberté. Pour les matières, je privilégie la fluidité de la soie, le satin de soie ou encore la viscose. J’ai toujours en tête cette l’idée d’un vêtement fluide et libérateur. Du côté des coupes, la fluidité (toujours) et le côté oversize sont omniprésents. Sur chaque pièce, il y a un travail autour de la taille pour sublimer le corps féminin. Et surtout toutes les morphologies. Je suis pour les coupes démocratiques ! Et j’essaie d’utiliser autant d’étoffes naturelles que possible. En témoigne le sourcing éthique de la maille. J’ai trouvé une petite ferme d’angora en Loire-Atlantique qui élève ses petits lapins avec beaucoup de soin. Via une granule de mimosa, le couple d’éleveurs déclenche la chute des poils. Ensuite, chaque pull est tricoté à la main par des mamies à la retraite.   

Votre expérience digitale vous a-t-elle permis de développer plus facilement votre marque ? 
J’ai commencé l’aventure Fête Impériale en juin 2015. Ma première collection était alors hors du calendrier traditionnel de la mode. J’ai donc évidemment commencé par créer un site Internet et un e-shop pour vendre mes pièces. Mais il fallait aussi se faire connaitre. Début juillet de la même année, j’ai fait de l’affichage sauvage dans les rues de Paris en mettant en scène les pièces fortes. Très vite, on a été contacté par des stylistes de magazines et des bureaux de presse. Il faut croire que mon passé digital sur fond de communication  m’a ouvert certaines portes !  

C’est quoi être un designer de mode aujourd’hui ?
Il est primordial de définir son propre univers. Je souhaite développer au maximum le concept de la boutique*. Quand on vend un univers à un certain prix, on doit montrer la manière dont on travaille à nos clientes. C’est la raison pour laquelle le studio de création et l’atelier se trouvent au sein même de notre boutique. Nous avons aussi un petit salon où l’on propose un thé ou une coupe de champagne en fonction de l’heure. On prend le temps de discuter, d’essayer. C’est le genre de concept que l’on voit beaucoup à Londres. Concevoir une nouvelle manière de vendre, respecter le consommateur : de nos jours, c’est tout l’enjeu du développement d’une marque. Ce n’est pas facile d’être un jeune designer. Il faut vraiment être passionné. C’est un métier que l’on doit avoir dans le sang car la concurrence est rude. Mais quand on croit à son projet, on se rend compte que les gens croient en vous, et par conséquent, vous aident.      

* 28 Rue du Roi de Sicile, 75004 Paris