3 questions à . . . Alix Morabito, Fashion Editor des Galeries Lafayette  

Alix Morabito, Fashion Editor des Galeries Lafayette  

Une maîtrise de Sciences de Gestion à Assas, un poste d’acheteuse d’art junior à l’agence de publicité BETC, un road trip de deux ans en Amérique du Sud et aux Etats-Unis, un passage à l’IFM en Master management de la mode avant d’enchaîner avec un stage dans le bureau de tendance Mafia, un poste d’acheteuse (mode femme) aux Galeries Lafayette, puis au Printemps (mode créateur femme), un poste de directrice de collection (accessoires de mode et licences) au sein de la maison Chloé… Le CV d’Alix Morabito a de quoi faire tourner les têtes.
Sa dernière aventure? Un retour aux Galeries Lafayette en 2016 (après un année passée au poste de directrice adjointe des achats des collections homme) en tant que Fashion Editor, un nouveau métier cousu sur mesure par le grand magasin français.    

Comment devient-on Fashion Editor d’un grand magasin? Et que cela signifie-t-il ? 
Aux Etats-Unis, ce titre s’intitule Fashion Director, c’est-à-dire un poste qui mêle l’image, les achats et toute la partie business d’une même société. En tant que Fashion Editor des Galeries Lafayette, ma mission est de travailler en transverse avec l’ensemble des directions des achats, hors l’univers de la maison. Collections femmes, hommes, accessoires, enfants, espace lingerie et chaussures : je manage donc le bureau de tendance dans son ensemble. Le but ? Viser la cohérence maximale au sein de l’enseigne en guidant toute la partie des achats. Salons, fashion week, showrooms… Nous accompagnons les équipes des achats sur le terrain. Grâce à cette partie opérationnelle, nous pouvons définir les grandes thématiques de l’année, choisir les produits que nous allons mettre en avant (comme ceux que l’on propose dans nos vitrines), mais aussi déterminer le ton que l’on veut donner à une saison, révéler les nouveaux talents ainsi que toute l’énergie de la création en termes de style. Notre message de marques doit être fort côté image et communication. Par exemple, quand Raf Simons a pris la direction artistique de Calvin Klein, nous avons négocié sans relâche pendant plus de quatre mois afin d’avoir en priorité sa première collection dans les rayons de notre magasin. On se doit d’être précurseur. Et c’est la définition même d’un Fashion Editor.   

Quel est aujourd’hui le rôle d’un grand magasin ?  
Avant tout, c’est d’être un curateur. Quelle est notre vision de la mode ? Quel ton lui donner sur une saison ou sur une époque ? Nous mettons tout en oeuvre pour que notre offre soit la plus large possible, avec un réel parti-pris. La demande est en constante évolution et aujourd’hui, on peut tout avoir en seulement quelques clics sur son clavier d’ordinateur ou son smartphone. Notre mission est donc d’offrir à nos clients un lieu de vie unique. Pour cela, il est indispensable que l’on ait des zones de découverte avec toujours plus de jeunes créateurs et de nouveaux noms de la création. Le client doit avoir envie de venir découvrir notre propre sélection, une édition de produits clés qui crée une offre aussi transversale qu’inédite.   

Comment envisager son avenir ?
Il devient primordial de faire oublier au client qu’il est là pour acheter. Aujourd’hui, via la digitalisation du shopping et l’avènement massif des réseaux sociaux, il y a mille et une façons de remplir son dressing. Résultat : le consommateur est de mieux en mieux informé, sa recherche de plus en plus affirmée et affinée. S’il ne vient que pour acheter, il faut s’attendre à ce qu’il ne franchisse plus les portes d’une grande enseigne.  La partie plaisir ne doit cesser de gagner du terrain. Découvrir une exposition, partager un moment culturel, prendre le temps de déjeuner ou de diner, s’offrir un verre sur les toits… C’est cette invitation à vivre une expérience différente qui est désormais fondamentale. Cette sensation de “l’effet surprise“ qui donnera au client l’envie de consommer demain dans un grand magasin.