3 questions à . . . Freddy Marcy, membre du Conseil de Surveillance du groupe Mulliez-Flory et administrateur de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin

« Il faut conserver et entretenir les savoir-faire, et développer l’innovation »

Membre du Conseil de Surveillance et Directeur des opérations du groupe Mulliez-Flory*, Freddy Marcy, ingénieur de formation, dirige depuis 50 ans des entreprises textile-habillement. Homme de convictions, engagé auprès des instances professionnelles – URIC, le syndicat de l’habillement du Nord – Fédération Française du Prêt à Porter Féminin – UFIH (Union Française des Industries de l’Habillement) – il nous apporte son regard sur l’actualité des entreprises du secteur. 

Au travers de votre expérience et de votre position au sein de votre entreprise spécialisée dans le vêtement d’image, vous avez assisté à la mutation du tissu industriel français, comment avez-vous réagi par rapport à cela ?

Le tissu industriel a souffert terriblement au cours des 30 dernières années. J’ai géré cette évolution, accompagné cette mutation, mais je n’ai jamais perdu ma motivation première pour l’entreprise et sa pérennité. Cela m’a forgé 3 convictions principales que sont le réalisme, le pragmatisme et l’ouverture permanente sur le monde extérieur. J’ai commencé ma carrière dans un groupe international et aujourd’hui, je suis cadre dirigeant dans une PME : c’est pour moi la structure la mieux adaptée à nos métiers ; les conditions de proximité, de réactivité et de créativité sont idéales.

Chez Mulliez-Flory aujourd’hui, nous avons la maîtrise globale de la chaîne de valeur : de la définition du projet avec le client, jusqu’à la livraison des produits finis. Nous réalisons les protos et les petites séries en interne et à proximité. Nous produisons le moyen terme dans nos trois unités de Tunisie et nous complétons par différents sourcings en Asie. Il faut tenir compte des réalités du marché et, à ce titre, nous ne pouvons plus tout faire. Il faut évoluer, rebondir et savoir tirer parti de toutes les opportunités. Mais ce qui reste fondamental dans cette mutation, c’est d’une part, de préserver nos savoir-faire qu’il faut conserver et entretenir et d’autre part, d’innover.

Justement concernant cette préservation des savoir-faire si fondamentale, voyez-vous des évolutions, des points d’amélioration à apporter ? 

De manière générale, plus on peut opérer des mouvements de rapprochement entre l’enseignement et l’entreprise et mieux on préserve nos savoir-faire. Aujourd’hui, il existe de nombreux dispositifs pour cela comme les stages, l’apprentissage, les contrats en alternance… Sans doute faut-il également s’impliquer plus dans l’organisation de nos écoles, et pourquoi-pas, accueillir les professeurs au sein de nos entreprises ?

L’un des problèmes majeurs dans cette transmission des savoir-faire est aussi souvent lié à l’anticipation. Un dirigeant de PME est confronté au quotidien à une montagne de détails. Il fait sans arrêt face à des multitudes de priorités. Une charge de travail qui, parfois, l’empêche de se projeter à moyen terme, d’anticiper ses futurs besoins de recrutement : il faut investir à temps dans la relève ! L’appropriation de la filière par les pays à bas coûts a contribué à distiller une mauvaise image de la Profession : en face de cela, il faut réagir et mettre en exergue la modernité de nos métiers pour attirer les jeunes. En ce sens, la communication positive de la Fédération est fondamentale.

Vous parliez d’innovation, comment intervient cette notion dans tout cela ? Et comment voyez-vous l’avenir,  l’année 2015 par exemple ? 

Pour l’innovation, nous avons beaucoup de moyens en France, comme nos centres techniques ou les pôles de compétitivité en région. Là encore, il faut que les chefs d’entreprise s’en rapprochent, participent à leurs travaux pour optimiser la recherche. Et pour cela, rien de mieux que de travailler en réseau. Ce réseau est déjà bien présent mais il faut aider les dirigeants à l’animer, faire de la veille. Et là encore, le rôle des organisations professionnelles est très important. 

Quant à l’avenir, je crois que nous sommes à la croisée des chemins. Nous l’avons évoqué, le rôle d’un dirigeant de PME est complexe. Or, plus que jamais, il a besoin de se libérer, de prendre de la hauteur pour conquérir de nouveaux marchés à l’export, anticiper ses besoins en ressources humaines, développer de nouveaux produits… Or, aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur le fait que l’on ne s’en sortira en France que grâce aux PME.

Il y a longtemps que nous n’avions pas autant entendu parler des entreprises et de leur place dans la société. Il faut donc profiter de cette prise de parole, au-delà des atermoiements et des discours, pour faire prendre les décisions nécessaires à l’avenir de nos PME. Et pour 2015, je reste inquiet sur le plan conjoncturel, le climat demeure incertain. Seule solution pour affronter cette crainte : se battre ! Etre plus que jamais meilleur sur la flexibilité, les prix, l’identification des marchés complémentaires… Et puis surtout savoir motiver ses équipes. Nous sommes souvent surpris par les capacités intrinsèques des collaborateurs. Une entreprise, c’est aussi un capital humain : il faut être motivé et savoir transmettre sa motivation aux autres. 

* Le groupe Mulliez-Flory, créateur et confectionneur de vêtements professionnels et de linge, s’adresse aux collectivités, aux entreprises privées et publiques tous secteurs d’activités confondus. Mulliez-Flory a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires consolidé de 56 millions d’euros. La société, dirigée par Jacques Gindre, emploie 240 salariés en France. Le site Mulliez-Flory en France s’étend sur 16 000 m², intégrant la cellule Design, les bureaux d’études, l’atelier de prototypage, les services commerciaux et marketing ainsi que les services administratifs. Cet entrepôt international livre 6 millions d’articles par an, soit 22 700 articles par jour à ses clients partout en Europe. La production annuelle est réalisée dans 3 usines en propre en Tunisie qui emploient 450 personnes et dans 2 usines en Asie.