3 questions à . . . Serge Nicole Président des Ateliers d’Art de France

« Le made in France fait partie de l’identité même de nos métiers d’art »  

A la tête des Ateliers d’Art de France depuis 2006, Serge Nicole, Céramiste, promeut avec ferveur ces savoir-faire multiples au travers d’événements professionnels comme grand public. Son but : offrir un socle commun à ces arts résolument Made in France.

Les professionnels de la mode vous connaissent en tant que copropriétaire de Maison&Objet au côté de Reed Expositions France, mais quel est le périmètre d’activité des Ateliers d’Art de France ?

Nous sommes une organisation professionnelle, un syndicat, qui existe depuis près de 150 ans maintenant et qui réunit l’ensemble des professionnels des métiers d’art. A travers nos actions, nous fédérons plus de 6000 artisans d’art, artistes de la matière et manufactures d’art. Nous nous sommes donné une double mission : offrir une visibilité de premier plan à nos créations, c’est le développement économique de nos ateliers, et faire avancer la cause des métiers d’art, c’est-à-dire défendre et représenter les professionnels. Nous n’envisageons pas de mission qui ne soit pas profondément opérationnelle. Et c’est pour cela que dès 1949, nous avons monté notre premier salon à Paris, le salon des Ateliers d’Art qui deviendra Maison&Objet via la création avec ReedExpo de notre filiale commune, la SAFI, intervenue en 1995. Nous sommes aussi à la tête du salon international du patrimoine culturel qui a lieu tous les ans au Carrousel du Louvre et avons créé et organisé en 2013 le salon Révélations, la première biennale internationale des métiers d’art de création au Grand Palais.
Pour un groupement professionnel, l’activité d’organisateur de salons est majeure : cela offre une véritable visibilité au secteur, stimule la création et contribue à fédérer un réseau. En parallèle et toujours dans cette quête de la promotion de nos métiers, nous avons créé la fondation des Ateliers d’Art de France, et monté un festival international du film des métiers d’art qui se tient en biennale à Montpellier…Tous ces événements contribuent à asseoir notre visibilité et nourrissent notre seconde mission : défendre et représenter les métiers d’art, tels qu’ils sont, c’est à dire intrinsèquement des métiers de création.

Comment se matérialise votre soutien à cette fameuse cause des métiers d’art ?

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation paradoxale. Le grand public reconnaît les métiers d’art mais nous n’existons pas législativement, ni administrativement, en tant que secteur économique à part entière. Nous sommes chacun réunis dans des filières indépendants (NDLR : Serge Nicole est céramiste) alors que l’enjeu des métiers d’art est global. Nous sommes sous la coupe de règles fiscales, sociales et juridiques différentes. Pour vous donner un exemple, il y a quelques années j’ai formé une jeune femme à la céramique. Nous partageons aujourd’hui le même stand sur Maison&Objet mais nous ne sommes pas soumis au même taux de TVA car elle relève du statut d’artiste-auteur et moi de la chambre des métiers… Cette situation freine notre déploiement et met en péril notre sauvegarde, puisqu’elle génère des distorsions de concurrence profondément injustes. Il est difficile dans ces conditions de garantir une formation, un avenir à la jeune génération s’il n’y a pas de socle commun. Pour nous faire entendre, nous avons donc monté en interne un observatoire statistique sur le secteur afin de matérialiser notre situation auprès des pouvoirs publics. Nous avons aussi mis en place l’Union Nationale des Métiers d’Art qui rassemble déjà 13 syndicats de métiers d’art autour de ces mêmes problématiques. Et première de nos victoires remportées avec l’Assemblée Permanente de la Chambre des Métiers : l’amendement 100 dans la future loi Pinel (Ministre de l’Artisanat) définit et donc institue une section spécifique « métier d’art » à l’intérieur du répertoire national des métiers.

Cela fait donc presque 150 ans que votre organisation professionnelle se bat pour défendre les métiers d’art, que pensez-vous du débat actuel sur le made in France ?

Tout d’abord, pour nous le made in France fait partie de l’identité de nos métiers. Nous allons même au-delà du Made in France tel qu’il est reconnu aujourd’hui : nous sommes des artistes de la matière et nous réalisons nos œuvres chez nous, dans nos ateliers d’art.
Quant à l’engouement des consommateurs pour le made in France, nous l’analysons comme un mouvement plus large qui est le besoin presque métaphysique de connaître l’origine des choses. Nous le voyons tous les jours dans nos ateliers lorsque nous avons des visiteurs. Cette génération de consommateur recherche une sincérité dans la fabrication. Or, nous travaillons dans la proximité, notre travail entre donc en résonance avec ce public. C’est pour cette raison que nous avons mis en place un marquage spécifique Ateliers d’Art de France exclusif. Il est l’engagement pour le consommateur que le créateur qui en dispose, réalise intégralement ces pièces lui-même dans son atelier. Nous sommes donc très heureux de ce mouvement vers ce made in France mais encore une fois, pour nous, il s’agit d’une envie beaucoup plus profonde des consommateurs. Et c’est parce qu’aujourd’hui, le public a cette attente que nous pouvons porter nos combats et apporter la garantie d’origine de ce que nous fabriquons.
En fait, tous ces débats forment un cercle vertueux. Nous travaillons sur la visibilité de nos métiers, l’engouement des consommateurs pour l’authentique et donc le made in France nourrit cette visibilité. Une visibilité qui nous permet de porter nos combats pour enfin obtenir une reconnaissance légale afin que nous soyons identifiés comme un secteur économique à part entière. Ce socle commun nous offre la possibilité d’aller encore plus loin dans la visibilité de nos métiers, ce qui permettra d’attirer des jeunes et donc de pérenniser nos savoir-faire.